vendredi 19 juin 2026

Abderahim Alsayed - Illustration musicale : "Blues of Khartoum" d' Abdel Gadir Salim Quidrechinna - Sudan North Africa.

Il y a dix ans, je vivais avec Asma ma femme et mes deux fils, Hayman et Abil. Nous habitions à Khartoum qui est la capitale du Soudan ; pour une personne influente de la capitale, je travaillais dans le bâtiment et comme mécanicien. Très heureux, je vivais au Soudan  où je suis né, avant la guerre et quand se déclenche le conflit, ma maison est ciblée, bombardée par différents groupes armés, et à cause de ces attaques, je décide de fuir avec ma famille dans le nord du pays, c'est alors deux mois de souffrance dans l'insécurité la plus totale. J'ai pris la fuite en Libye, en traversant le Sahara, où durant plusieurs mois j'ai travaillé mais, là, la situation était identique à celle du Soudan, l'insécurité y était aussi quotidienne ; Je décide alors, désirant trouver refuge par moi même, de traverser la mer et même si j'ai conscience que la mer est dangereuse, en 2023, c'est pour moi la seule option en désespoir de cause. Je suis entré en France le 16 juillet 2024 en demandant asile et protection. Aujourd'hui, ici, je vis seul car Asman, Hayman et Abil sont toujours au Soudan mais la volonté de mon rêve, mon voeux le plus cher, est que nous soyons réunis, ensemble. La distance qui nous sépare m'insupporte, les contacts téléphoniques sont difficiles car les communications sont souvent interrompues à cause de l'instabilité qui règne au Soudan, chaque appel, chaque message, me rappelle à quel point ils me manquent. J'aime la France car j'y ai trouvé l'absolue sécurité que je désire pour ma famille ; mais mon coeur est partagé entre deux émotions, je suis soulagé d'avoir pu trouver une refuge, un endroit où je peux envisager un avenir sans la crainte du lendemain, mais, en même temps j'éprouve une profonde tristesse quotidienne car j'ai dû laisser derrière moi ce que j'ai de plus précieux ma femmes et mes enfants, mon souhait le plus grand est de pouvoir de nouveau les serrer entre mes bras et de rebâtir une vie commune. Malgré les épreuves, je refuse de perdre espoir. Aujourd'hui, j'apprends le français au sein de l'association "La clef de la rose", chaque nouveau mot que je découvre est un pas de plus pour mon intégration et vers l'avenir que je souhaite offrir à ma famille ; en parallèle, activement, je recherche un emploi, je veux retrouver mon autonomie. J'ai la conviction que, même après les périodes les plus sombres, il est toujours possible de retrouver la lumière.

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